Doctrines

Le ʿAwl et le Radd expliqués — avec exemples chiffrés

7 min de lecture · Rédaction Mawarith Pro

Le Coran attribue à chaque héritier à part fixe une fraction exacte de la succession — une moitié, un tiers, un sixième, et ainsi de suite. La plupart du temps, ces fractions, une fois rassemblées et additionnées, se comportent bien : elles totalisent la succession entière, ou laissent un reliquat qui passe proprement à un héritier résiduaire. Mais parce que chaque part est fixée indépendamment des autres, deux situations délicates peuvent surgir. Parfois les parts s'additionnent à plus que la succession entière. Parfois elles s'additionnent à moins, sans aucun résiduaire pour absorber ce qui reste. Le droit successoral islamique résout ces deux problèmes au moyen de deux doctrines complémentaires : le ʿawl et le radd. Cet article les explique tous deux, avec des exemples entièrement chiffrés que vous pouvez suivre sur le papier.

Pourquoi les parts ne totalisent pas toujours l'unité

La clé des deux doctrines est de se rappeler que les six fractions coraniques sont attribuées un héritier à la fois. Personne ne s'est attelé à les concevoir pour qu'elles se somment parfaitement dans chaque famille. La moitié d'un mari et les deux tiers de deux sœurs sont chacune individuellement correctes — pourtant, placées côte à côte dans une même succession, elles exigent plus qu'il n'existe. Les doctrines du ʿawl et du radd ne modifient le droit d'aucun héritier ; elles ajustent le dénominateur commun afin qu'une succession finie puisse réellement être partagée tout en préservant intacts les rapports fixés par Dieu entre les héritiers.

« Allah vous enjoint au sujet de vos enfants : au fils, une part égale à celle de deux filles... »

— Coran, sourate An-Nisāʾ 4:11

Le ʿAwl : lorsque les parts débordent

Le mot ʿawl porte le sens d'« augmentation ». Il s'applique lorsque les parts fixes totalisent plus que la succession. Le remède est élégant : plutôt que de réduire arbitrairement un héritier, on porte le dénominateur commun au total des parts, de sorte que chaque héritier soit réduit exactement dans la même proportion. Les rapports entre eux sont préservés ; seule la tranche du tout diminue. Le premier cas de ʿawl dans l'histoire de l'Islam fut tranché par le calife Umar ibn al-Khattab, après qu'il eut consulté les Compagnons sur la manière de traiter des parts qui débordaient la succession.

Exemple chiffré 1 : un mari et deux sœurs germaines

Le mari a droit à 1/2 ; deux sœurs germaines prennent ensemble 2/3. Sur un dénominateur commun de 6, cela fait 3/6 + 4/6 = 7/6. Les parts dépassent déjà la succession d'un sixième. Sous le ʿawl, le dénominateur est porté de 6 à 7 — le total des parts en parts — et chaque héritier conserve son nombre initial de parts sur le nouveau dénominateur, plus grand.

HéritierPart coraniqueParts (base 6)Après ʿawl (base 7)
Mari1/233/7
Deux sœurs germaines2/344/7
Total7/677/7 = 1

Chacun diminue dans la même proportion. Le mari reçoit toujours plus que chaque sœur prise individuellement ; nul n'est désigné pour supporter seul le manque.

Exemple chiffré 2 : le cas « al-Minbariyya »

Ce cas célèbre est appelé al-minbariyya parce qu'Umar y aurait répondu spontanément alors qu'il se trouvait sur le minbar. Les survivants sont un mari, deux filles, un père et une mère : 1/4 + 2/3 + 1/6 + 1/6. Sur un dénominateur de 12, cela fait 3/12 + 8/12 + 2/12 + 2/12 = 15/12. Le dénominateur est porté de 12 à 15.

HéritierPart coraniqueParts (base 12)Après ʿawl (base 15)
Mari1/433/15 (= 1/5)
Deux filles2/388/15
Père1/622/15
Mère1/622/15
Total15/12151

Le quart du mari est devenu en pratique un cinquième — une réduction réelle — mais c'est la même réduction proportionnelle qu'absorbe chaque autre héritier.

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Le Radd : lorsque les parts restent en deçà

Radd signifie « retour ». C'est l'image inversée du ʿawl, appliquée lorsque les parts fixes totalisent moins que la succession et qu'il n'y a aucun héritier résiduaire (ʿaṣaba) pour prendre le reliquat. Plutôt que de laisser le surplus se perdre, le droit le restitue aux héritiers à part fixe — au prorata de leurs parts existantes. Il y a une exception importante selon l'avis majoritaire : le conjoint ne participe pas au radd. Le mari ou l'épouse survivant ne reçoit que sa fraction nommée et aucune part du surplus restitué, dès lors qu'un autre héritier à part fixe est présent pour le recevoir.

Exemple chiffré : une mère et une fille

Les survivants sont une mère (1/6) et une fille (1/2), sans autre héritier. Ensemble, leurs parts font 1/6 + 3/6 = 4/6 = 2/3, laissant un surplus de 1/3. Comme il n'y a aucun résiduaire, ce surplus leur est restitué dans le même rapport que leurs parts — 1 part à la mère, 3 parts à la fille, soit un rapport de 1:3.

HéritierPart fixeRapportAprès radd
Mère1/611/4
Fille1/233/4
Total2/341

Exemple chiffré : deux filles seulement

Si les seules héritières sont deux filles, leur part fixe est de 2/3 et un surplus de 1/3 demeure, sans résiduaire pour le réclamer. Le radd leur restitue le surplus et, puisqu'elles sont les seules héritières, elles prennent simplement la totalité de la succession entre elles, en la partageant à parts égales.

Lorsque le seul héritier est un conjoint

Et si un conjoint survivant est le seul héritier, sans aucun parent à part fixe et sans résiduaire ? Le conjoint prend sa fraction nommée — mais la majorité ne restitue pas le surplus au conjoint par le radd. Le reliquat passe plutôt au bayt al-mal, le trésor public, au profit de la communauté plus large. Certaines autorités contemporaines divergent et le restituent au conjoint resté seul. C'est l'un des points où un cas réel devrait être confirmé par un savant qualifié.

Deux doctrines, un seul principe

Le ʿawl et le radd peuvent paraître des rustines cousues sur le système, mais ils n'en sont rien. Chaque part fixe est un rapport d'abord et une fraction ensuite. Quand les fractions débordent, le ʿawl rétrécit chaque tranche également ; quand elles restent en deçà, le radd agrandit chaque tranche également — et dans les deux directions, la relation entre héritiers que le Coran a établie demeure intacte. Le droit ne fait qu'ajuster des rapports fixés par Dieu à la succession finie qui existe réellement.

Un bon calculateur gère les deux automatiquement. Notre calculateur d'héritage signale le ʿawl et le radd chaque fois que les parts débordent ou restent en deçà, et vous montre le dénominateur ajusté. Pour voir comment ces doctrines s'insèrent dans le système plus large des héritiers, des fractions et du blocage, lisez notre guide complet et l'aperçu complémentaire, comment fonctionne l'héritage islamique.

Cet article est fourni uniquement à des fins pédagogiques et de compréhension générale. Il ne constitue ni une fatwa ni un avis contraignant pour un cas individuel. Les situations successorales réelles comportent souvent des détails subtils qui changent le résultat, et les savants divergent sur certains points. Faites toujours confirmer un cas réel par un savant qualifié ou un spécialiste de l'héritage islamique avant d'agir.

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